
Paroles de l'album HENRI II (1996)
Conte d’amour et de boissons
J’ai vogué toute ma vie sur des flots
tourmentés
Entre le pendule de Foucault et tout ce qui demeure inexpliqué
J’ai toujours cru qu’j’étais l’seul point fixe
de l’univers
Jusqu’au jour où je l’ai rencontré, écoutez
bien cette histoire
Z’étions parti cinq boissonneux
Qui s’cherchaient au fond d’une bouteille
Un p’tit visage salutaire qui r’semblait au lendemain de la veille
On n’avait bu des milliers qui nous ont jamais rien appris
J’n’avais rencontré rien q’une pis’était
tout un paradis
J’ai courtisé mille fois ces femmes qui n’ont qu’très
peu d’honneur
Surtout la belle Marie avec sa bouche à briser l’cœur
Je l’ai perdue un certain soir contre trois bouteilles de rhum
Elle s’est poussé su’a côte emportant avec elle mon
âme.
On s’est r’trouvé les cinq devant
six bonnes occasions manquées
Ça nous a redu perplexe fa’qu’on s’est mis à
brailler
C’te genre d’ode au malheur, conte de boissons et d’amour
Sans larguer la bouteille on s’est saoûlé pendant dix jours
Pis cette nuit-là j’m’en souviendrai c’est l’histoire
de ma vie
Parce qu’c’est entre deux gorgées qu’est apparue la
belle Marie
Elle dansait et dansait en m’souriant hardiment
C’est là qu’mon âme a chaviré dans une mer de
tourments.
Tout par la suite est devenu chaos : le ciel, la
terre, le feu pis l’eau
Le fromage tournait au lait et les vers n’étaient qu’des
anges
Ma conscience s’étant égarée sur les rives de l’intempérance.
J’ai fini par m’aigrir engourdi sous
la quantité
Il y a des histoires comme ça qu’on est pas près d’oublier
J’y rêve encore souvent à la belle Marie pis moé
Ça n’m’empêche pas pourtant d’continuer d’me
la saoûler
J’ai courtisé mille fois ces femmes qui n’ont qu’très
peu d’honneur
Surtout la belle Marie avec sa bouche à briser l’cœur
Je l’ai perdue un certain soir contre trois bouteilles de rhum
Elle s’est poussé su’a côte emportant avec elle mon
âme. (bis)
Aux Éboulements
Moi j’vivrais ben entre deux collines
Dans un village construit en pente
À travailler dans l’seul garage chez Irving
J’ferais l’plein d’gaz aux touristes
Pis j’leur conterais des belles menteries
Sur mon fleuve qu’on voit mourir à l’horizon
Et quand l’autre rive n’est pas si proche
Qu’on pense qu’il mouillera p’t’être demain
Ou quand l’fleuve devient si gris qu’on y voit plus clair
On s’doit d’crier l’amour, la mort
Ou tout ce qui vit sans que personne n’ose y répondre
On naît alors aux limites de l’imaginaire
Un jour comme ça, oui par hasard
Je me laisserais sûrement séduire
Par un sourire ou une larme et j’la marierais
On en aurait toute une trâlée
Qui s’pousserait aux quatres vents
Comme ces feuilles qui ont voyagé jusqu’au printemps
Et quand l’été nous tombera dessus
Qu’on pense qu’il mouillera p’t’être demain
Si l’fleuve devient si gris qu’on y voit plus clair
On s’mettra à crier l’amour, la mort
Ou tout ce qui vit sans que personne n’ose y répondre
On fera alors partie de notre imaginaire
Moi j’vivrais ben entre deux collines
Dans un pays qui n’est pas l’mien
Mais qu’j’emprunterais volontiers juste pour y mourir
J’me soufflerais aux quatre vents
Pis chevauchant mes deux montagnes
Pour la dernière fois suivant le fleuve, j’irais vers nulle part
Et quand la mort frappera à notre porte
Qu’on pense qu’il mouillera p’t’être demain
Si l’fleuve devient si gris qu’on y voit plus clair
On s’mettra à crier l’amour, la mort
Ou tout ce qui vit sans que personne n’ose y répondre
On s’éteindra aux limites de l’imaginaire
HenRI la Lune
Elle avait pris pour habitude de s’étendre
sans contrefaçon
Au même endroit sur mon épaule juste pour me faire damner
Avec toute l’aisance qu’elle se conférait
Et le droit de se sentir chez elle
L’irrésistible déconfiture au p’tit sourire à
cinquante cents
J’me suis alors laissé tenter pour ne pas perdre la main
Des mains qui d’ailleurs prenaient au change ses gros seins douillets
Où je m’y perdrait volontiers avec grâce et acharnement
Pour ne pas perdre la perspective et le fait que je ne l’aimerai jamais
Ah!Ah!Ah!Ah! J’me suis r’trouvé
dans’lune
Elle en a profité pour me laisser tomber
Tout seul avec ma déconfiture
Ostie de câlisse de tabarnak, j’me suis encore fait avoir
J’ai resté pendant deux jours
enfermé dans mon garde-robe
Où j’implorais tous les malsains que je ne connaissais pas
J’étais le fruit d’un ridicule que je n’contrôlais
plus
Mais en dedans d’moi je l’savais bien
Que je passerais pas huit heures à soir
Séduit par une soif intransigeante j’me suis torturé l’gosier
Quelques instants sans pour autant m’inventer d’excuses
J’me suis alors défoncé l’besoin par goût et
démesure
Car lorsque le rêve rapplique bien, sûr qu’l’alcool
s’applique
Ah!Ah!Ah!Ah! J’me suis r’trouvé
dans’lune
Elle en a profité pour r’venir me hanter
Tout seul avec ma déconfiture
Ostie de câlisse de tabarnak, j’me suis encore fait avoir
J’ai marché pendant mille
ans juste pour l’oublier
J’ai marché pour le meilleur en laissant l’pire aux trottoirs
J’ai couru sans m’arrêter, j’ai déserté
ma destinée
Pour me complaire dans ces p’tits mensonges
Qui m’rendent la vie agréable.
Ne suis-je en fait que le reflet des mauvaises intentions
Un vague-à-l’âme snas regrets, l’orgueuil d’une
nuit d’enfer
J’ai cherché des siècles durant, pis j’sais qu’la
lune c’est mon seul pays
Mais j’envie d’elle et sans scrupules et j’y rêve sans
compromis
Ah!Ah!Ah!Ah! J’me suis r’trouvé
dans’lune
Elle en a profité pour r’venir me hanter
Tout seul avec ma déconfiture
Ostie de câlisse de tabarnak, j’me suis encore fait avoir
Je l’ai revu danser sur l’horizon
de ma folie
Et dans ses yeux mourait le peu d’espoir qu’on s’était
donné
J’me suis revu danser sur l’horizon de ma folie
Et dans ses yeux mourait le peu d’espoir qu’on s’était
donné
Ah!Ah!Ah!Ah! J’me suis r’trouvé
dans’lune
Elle en a profité pour me laisser tomber
Tout seul avec ma déconfiture
Ostie de câlisse de tabarnak, j’me suis encore fait avoir…
Petite histoire de haine et de mépris
J’haïs mon père pis j’aime
pas ma mère
J’haïs ma mère parce qu’elle aime mon père
Dans l’fond c’que j’haïs le plus au monde
C’est d’m’enfarger dans la réalité
Ça fait trop longtemps qu’j’aurais
dû partir
Pour aller où, j’m’en souviens plus
Partir sans jamais rien expliquer
Pour oublier c’que j’suis devenu
J’haïs le gens qui ont pas d’parole
Paroles en l’air ou promesse d’ivrogne
J’haïs les Chinois parce qu’ils aiment pas les noirs
J’haïs les noirs, j’haïs les Indiens
J’haïs les Russes pis les Américains
Les Anglais pis les osties d’Français
J’haïs les Arabes, les musulmans
Les intégristes pis les bouddhistes
J’haïs les juifs parcequ’ils n’aiment plus personne
J’haïs l’humain c’est rien qu’une perte de temps
J’haïs tous ceux qui me l’avaient promis
Parce qu’à la gang qu’ils sont, ils n’ont jamais rien
compris
La haine me gruge , j’la dois à personne
J’haïs mes mots parce qu’ils portent ton nom
J’haïs ton bois, j’haïs ta bouche
J’t’haïs pour c’que t’as fait de moi
La haine me ronge, j’la dois à personne
Ni au hasard qui s’fout d’ma gueule
J’haïs ma vie, j’haïs mon âme
J’haïs ma vie, qu’il en soit ainsi
Ça fait trop longtemps qu’j’aurais
dû partir
Pour aller où, j’m’en souviens plus
Partir sans jamais rien expliquer
Pour oublier c’que j’suis devenu…
Oublie moi.
Promesse d’ivrogne
Gardez vos yeux grands ouverts, v’la les Anglais
qui s’amènent
La plaine sommeille, la nuit est noire et j’sens qu’la lune est
pleine
J’te jure mon vieux j’changerais pas d’place
Mais je l’sais bien qu’on va perdre la face
J’m’enfile deux-trois gorgées de courage pis j’me mets
à rêver
À toutes ces nuits où j’t’avais promis qu’on
s’sauverait loin d’ici
Promesse d’ivrogne , promesse en l’air j’me r’trouve
encore une fois en enfer
Promesse d’ivrogne , promesse en l’air j’me r’trouve
encore en enfer
Le vent me glace d’horreur et j’sens
sa pourriture
Je reste assis bien malgré moi, maudite soit l’espérance
Ça fait tout près de deux cents ans qu’on s’bat pour
l’indépendance
Je n’suis p’t’être bien qu’un porteur d’eau
pis j’vaus pas cher la livre
On m’a mangé la laine su’l’dos, aujourd’hui j’prends
revanche
Vous allez voir comment chez nous on épelle le mot V-E-N-G-E-A-N-C-E
(bis)
Comme le disait si bien l’ami Falardeau l’autre
soir
« Au Ghana les paures mangent du chien, icitte c’est les chiens
qui mangent du pauvre »
Faudrait pas ses surprendre qu’un jour…
Ils auront l’air surpris le jour
Où ils r’trouveront un autre de leurs ministres dans une valise
de char
Il faut comprendre que par chez nous on préfère
se saoûler
Mais qu’c’est pas au fond d’une bouteille qu’on r’trouve
la liberté
Quand l’vase déborde l’honneur nous revient et pis on s’met
à gueuler
Quand l’vase déborde l’honneur est sauf et pis on s’met
à brailler
J’te jure mon vieux c’te pays-là pour moi, ben c’est
tout c’que j’ai
On m’empêchera pas d’gueuler :
Vive l’indépendance
Au pied de mon arbre
Voyez cet arbre je l’ai planté
Ça fait tout près de deux cent années
Il pousse seul comme un seul homme
Malgré l’orage pis les saisons
Malgré la mort pis malgré moi
Il prend racine à l’horizon
Ils ont pendu des pauvres à mon arbre
Les ont jugé aussi sévèrement
L’dernier n’a qu’dalle à s’reprocher
Sauf une seule jambe pour colporter
Une sale gueule en guise de panier
Panier percé, mal engueulé
La mort n’a rien à voir avec mon arbre
Ni la justice, ça on me l’avait promis
C’est un tonneau que j’ferai de mon arbre
Et j‘vous promets le meilleur des whiskies
Un jour un poête m’a demandé
De profiter de l’occasion
S’asseoir un peu sans réfléchir
Fumer une clope d’impressionniste
Morfondu l’arbre l’aspira
C’est de loin son plus beau tableau
Amoureux fourbus d’un triangle
Malentendu de mal aimés
Détruisent l’aurore maladivement
Péché mortel amour cruel
Un pacte gravé au fond d’un cœur
Je t’aime, tu m’aime, il m’aime l’horreur
L’amour n’a rien à voir avec mon arbre
Pis j’veux plus rien savoir d’la poésie
C’est un tonneau que j’ferai de mon arbre
Et j‘vous promets le meilleur des whiskies
Qu’on m’enterre au pied de mon arbre
Dans une grosse bottle de whisky
J’y grandit seul comme un seul homme
Malgré la mort pis mes raisons
Malgré la vie pis malgré moi
Je prends racine à l’horizon
Ma mort n’a rien à voir avec mon arbre
C’est la bouteille, je vous l’avais promis
C’est un tonneau que j’ferai de mon arbre
Et j‘vous promets le meilleur des whiskies
P.S : Whisky…sont nos racines?
Mon Combat
J’ai survécu au fond d’ma cour
Dans un pays grand comme ma main
J‘ai grandi dans la démesure
J’ai construit dans c’carré d’sable mon royaume de
liberté
Ce genre de fierté qu’on emmure
Je n’suis que la main qui vous écrase
Qui vous noie et qui vous étrangle
Je n’suis que le maître de ce pays
Ruiné par votre indifférence
J’suis une culture qui se noie
Dans une mare, dans une mer, dans une marée d’intolérance
J’suis un peuple sans histoire
Qui se meurt au fond d’ma court, horrifié par ma déchéance
Je n’suis que la main qui vous écrase
Qui vous noie et qui vous étrangle
Je n’suis que le maître de ce pays
Et j’me lasse des secondes chances
Y’aurait fallu qu’on m’écoute
Qu’on m’interroge ou qu’on m’supplie
Qu’on m’laisse au moins la chance de vieillir
J’aurais aimé qu’on prenne le temps
De m’expliquer c’que j’suis devenu plutôt que d’m’enfermer
dans c’silence
Je n’suis qu’un enfant qui vous écrase
Qui se noie et qui vous étrangle
Je n’suis que le maître de ce pays
Pourquoi m’enfermer dans c’silence
J’ai vieilli, j’suis rendu un homme
Et j’ai l’dos large comme ma patrie
J’sens qu’la mort frappe au fond d’ma cour
Derrière moi, loin dans le noir
S’étalait tout c’qui est fini : mon pays, mon rêve
et mon âme
Je n’suis que la main qui vous écrase
Qui vous noie et qui vous étrangle
Je n’suis que le maître de cette folie
Et j’me lasse des secondes chances.
Au Purgatoire
J’ai passé ma vie au purgatoire à
travailler comme un damné
À m’désâmer à rembourser, à travailler
juste pour payer
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
Au purgatoire tout est trop simple, on y travaille
sans réfléchir
On y travaille comme des damnés, juste condamné à travailler
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
J’ai travaillé au purgatoire pour m’oublier
pis m’abrutir
J’ai rien gagné à m’oublier, j’ai tout perdu
à travailler
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
Au purgatoire on y impose au créateur le
résultat
On se désâme à rembourser l’absurdité de c’te
vie-là
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
J’me suis détruit à travailler,
à besogner dans la réalité
J’ai survécu sans trop comprendre, au désespoir, au purgatoire
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
Moi j’m’en irais pour m’en aller
pis j’partirais juste pour partir
Parce que j’ai des choses plus importantes à faire dans la vie
que d’travailler
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais j’en sors
J’ai passé ma vie au purgatoire à
travailler comme un damné
J’me suis désâmé à rembourser l’absurdité
de c’te vie-là
Mais là j’en sors, rien n’a changé
J’ai la même soif pis les mêmes douleurs
J’ai la même peine pis les mêmes malheurs
Mais là j’en sors…
Bayart
J’suis parti en quête des vérités
Question d’tracer mes origines
J’marchais sans peur et sans reproche
Pour oublier ma vie d’légende
J’me suis perdu dans la forêt noire
Sans craindre la belle qui m’a séduit
Elle m’a promis mille paradis
J’y suis resté pour un soir
Dans une clairière près d’un
dolmen
La où on sacrifiait tous les damnés
Elle m’a sacré le roi des simples
Des vertueux, des innocents
Y avait l’loup noir qui présidait
Les assoiffés d’éternité
Au bal des dernières volontés
J’m’y suis r’trouvé condamné
Y a l’diable à deux têtes qui
m’prêchait
Pour une couronne, pour un royaume
Sa bonne nouvelle dans un silence
Confus devant la vérité
J’ai senti qu’mon âme s’défilait
Dans un cortège d’indifférence
Où on implorait mon indulgence
Pour tous ces dieux qu’on m’avait racontés
Bayart est roi d’une terre sans âme
Le roi des simples et des innocents
Bayart se meurt loin d’son royaume
Au bal des dernières volontés
Sysiphe
Quand j‘étais p’tit gars mon
père m’a dit
J’vas faire un homme de toé
J’ai rêvé d’bâtir un pays sur une terre de liberté
J’vas y construire un beau château
Rempli d’troupeaux pis d’paysans
De loin l’royaume le plus prospère sur la terre de nos ancêtres
Dans son régime autocratique on y r’trouvait
une gang de bâtards
Qui parlaient de culture dominante comme les moutons d’indépendance
Déblatéraient jusqu’aux petites heures, buvant d’la
bière jusqu’à s’saoûler
Ils s’enivraient dans l’ridicule à défaut de pouvoir
Poussèrent l’insulte jusqu’à bannir mon bonhomme pour
l’éternité
L’ont condamné à rouler sa bosse dans un mouvement perpétuel
Avec les ordures, les anarchistes, les hypocrites pis les utopistes
Mon père s’est promu roi des simples, en récompense on l’a
cloué
J’ai grandi parmi les voleurs, les alcooliques, les pervers
Perdu dans les rêves de mon père et l’calvaire de ma mère
Moé d’mon côté j’marchais
dans’foule sans croix et sans foi
Par cent fois j’ai trébuché par manque de volonté
J’y suis pourtant resté longtemps, déçu d’la
tournure des événéments
Pendant qu’les gens sociologisaient, moé pis ma mère ben
on s’la saoûlait
Trop convaincu qu’mon père crèverait sénile au crochet
d’une bouteille
Perdu sur un océan d’alcool, désabusé et dégouté
J’me r’trouve aujourd’hui, c’que j’ai compris
Toute ma vie j’ai été comme lui
Un grand rêveur, un roi des simples, en récompense on va m’clouer
J’ai grandi parmi les voleurs, les alcooliques, les pervers
Perdu dans les rêves de mon père et l’calvaire de ma mère
Quand j‘étais p’tit gars mon
père m’a dit
J’vas faire un homme de toé
Pas de piano
Je vis avec un de ces fantômes
Toujours trop saoûl, toujours couché
J’l’entends ronfler pis marmonner
Sa tragédie, ses envies et pis ses conneries
Je l’entends se lever, couper mes nuits
Moi qui ne dors plus, moi qui ne rêve plus
Je l’entends pisser contre le piano
Trop saoûl pour se rappeller qu’y a jamais eu de piano
Y’en aura pas de piano
Y’en aura plus de piano
Y’en aura pas de piano
Y’a jamais eu de piano, Har!
Je vis avec un de ces fantômes
Toujours trop saoûl, toujours couché
J’l’entends ronfler pis marmonner
Des facéties, des âneris et pis des conneries
Je l’entends se lever, couper mes nuits
Moi qui ne dors plus, moi qui ne rêve plus
Je l’entends pisser contre le piano
Trop saoûl pour se rappeller qu’y a jamais eu de piano
Y’en aura pas de piano
Y’en aura plus de piano
Y’en aura pas de piano
Y’a jamais eu de piano, Har!
Scène de vie quotidienne
Ti-Père Lapointe avec son bicycle
Roulait ben saoûl en s’câlissant
Du vent, d’la pluie pis des commérages
De toutes les mémères de son village
Son but dans la vie c’est de racoler
Au dépanneur avant tout le monde
Trois-quatre coup de pied dans le bas d’la porte
Premier arrivé, premier servi
Une p’tit douzaine pour la matinée
Deuxième douzaine pour l’après-midi
Troisième douzaine pour mon ostie d’frère
Qui est encore trop saoûl pour pédaler
« Pis quand je r’viendrai vers sept-huit
heures
J’en veux 24 chaudes sur la tablette
C’est pas d’ma faute y a des fois j’plante
Parce que la bicyclette ça creuse la soif »
Jour après jour c’est la même rengaine
Du moins jusqu’à la fin de l’été
Quand l’hiver arrive on est plus les mêmes
Faut prendre le truck pour aller se saoûler
Une p’tit douzaine pour la matinée
Deuxième douzaine pour l’après-midi
Troisième douzaine pour mon ostie d’frère
Qui est encore trop saoûl pour pédaler
Hemingway
Y a l’vieil homme qui s’ramène avec son rafiot
Le mât de misère, le mât de misaine étouffé
par la brume
Encore perdu le cap, encore perdu le nord
Voilà qu’il s’échoue sur les rives abruptes
D’une sombre presqu’île peuplée d’amertume
Où il fut par mégarde condamné de rancunes
Les bien pesants du village accourent
Placottage et pillage du vieil abruti
Traqué jusqu’à l’errance sur une mer de l’oubli
À la gloire du vieil homme on impose le mépris
Lui l’Anglais sans mémoire, lui le simple d’esprit
Lui l’Anglais sans histoire, lui le simple d’esprit
Jamais, s’était-il promis, j’y remettrai les pieds
Mourir sans histoire plutôt qu’être jugé
Jamais, s’était-il promis, j’y remettrai les pieds
Mourir sans histoire plutôt qu’être jugé
Je suis reparti pour me convaincre que l’honneur est au
large
Laissant les innocents croire aux tragédies
On voulait me détruire, j’y ai retrouvé ma vie
Je suis un vieux bonhomme, c’est une affaire entendue
Je n’aurai d’autres choix que de périr pour ma gloire
Allez, navigue de ton mieux, prends la mer comme elle vient
J’ai vu de mes yeux vu l’horizon s’éclater
Le vent souffler l’enfer, la mort me chavirer
Le vent souffler l’enfer, la mort me chavirer
Jamais, je m’étais promis, j’y remettrai les pieds
Mourir sans histoire plutôt qu’être jugé
Jamais, je m’étais promis, j’y remettrai les pieds
Mourir sans histoire plutôt qu’être jugé
Y a l’vieil homme qui s’ramène avec son rafiot
Le mât de misère, le mât de misaine étouffé
par la brume
Encore perdu le cap…